Les carrés de la dignité
Association Darngh Isgouffa Maroc

Et maintenant

De notre envoyé spécial à Isgouffa :

La nuit du 11 janvier 2007 a été courte pour l’ensemble des habitants du village Isgouffa. On vient de vivre une journée magique et l’excitation a chassé le sommeil. On est impatient de retrouver une nouvelle journée douce et plein d’espoirs.

Dès l’aube tout le village se mobilise. On a terminé aussitôt les plantations. On est heureux de travailler dur. C’est normal car la denrée la plus rare et tant espérée par chaque villageois est de retour : l’eau !

Les longues années de sécheresse et le tarissement des sources ont rendu les hommes et les terres plus assoiffés que jamais. A tel point que pour mieux irriguer la terre, certains villageois ont percé les « goûteurs » avec des clous pour augmenter le flux et la cadence de l’écoulement de l’eau. Les villageois ont cru ainsi bien servir les parcelles.

Suite à cet incident, nous étions dans l’obligation d’intervenir. Une réunion de l’association s’est tenue vers la fin de la journée et on a décidé que toute infraction se rapportant à la mauvaise utilisation de l’eau ou à la dégradation de l’infrastructure est passible d’une amende de 200,00 dh.

J’ai tenu à leur expliquer encore une fois le mécanisme du goutte à goutte et de rassurer sur le fait que chaque parcelle sera irriguée en quantité suffisante d’eau.
De ce fait, nous avons désigné une commission chargée de l’achat des compteurs à installer au niveau des parcelles.
On aimerai avoir un bassin. Ce dernier nous évitera ce genre de problème à l’avenir car il nous permettra une meilleure distribution de l’eau pour l’ensemble des familles.

D’autre part, pour le suivi des travaux, la correction des erreurs et la formation, j’effectue 1 à 2 visites par semaine au Douar. Cela permet un meilleur encadrement.

Et la semaine s’écoule ainsi.

Le jeudi d’après est le jour du souk hebdomadaire durant lequel les nouvelles des uns font l’objet des discussions des autres. Ce jour là, la visite des 400 français était le sujet d’actualité.
Tout le monde voulait savoir plus sur ce groupe de jeunes :

  • Que venaient ils faire dans ce lieu éloigné ?
  • Pourquoi ont-ils préféré la précarité de notre vie au luxe des riads de Marrakech ?
  • Qu’est ce qu’ils ont fait exactement ?
  • Est- il vrai qu’ils ont travaillé la terre ?
  • Etaient- ils gentils ? modestes ?
  • Parlaient- ils l’arabe ?
  • Ont-ils aimé notre mode de vie ?...

Tant de questions posées avec beaucoup de curiosité et d’envie. Les gens d’isgouffa répondaient avec fierté.

Ce qui était merveilleux et très touchant à la fois, c’est que les villageois sont rentrés ce jour là avec d’autres arbres fruitiers et d’autres oliviers. Ils se sont permis cet achat malgré leur petit budget alourdi par les dépenses. Ils voulaient marquer la continuité de cette action.

On a jamais planté tant de variétés sur place : des pruniers ; des néfliers ; des abricotiers ; des cognassiers etc. à raison de 2 plants par variété distribués à toutes la familles.

Aujourd’hui, et après presque un mois et demi de la plantation, la plupart des arbres fruitiers sont en fleuraison. Quant à la première serre, elle est bâchée et plantée par 7 variétés de rosiers dont : Anna, Grand Gala, Ambassadeur, Concorde, Tiniquet, etc. Un vrai petit paradis ! Pour la deuxième serre, elle sera aussi équipée pour faire les semis des cultures maraîchères.

Le dynamisme des villageois ne s’est pas arrêté là. On a même effectué des enquêtes sur les marchés de Marrakech pour chercher des débouchés pour la production future. Très bonne nouvelle : on a déniché un marché énorme de la rose coupée, des plantes médicinales aromatiques et des légumes pour le marché local et les souks. Un avenir prometteur pour le village.

Ainsi, le 11 Janvier 2007 demeure un virage merveilleux pour Isgouffa. On parle de plus en plus de ce village oublié auparavant pour des années. On a été contacté par plusieurs associations désirant plus de renseignement sur notre projet « les Carrés de la Dignité ». D’autres douars ont demandé l’extension du projet. Et d’autres communes ont exprimé le souhait d’organiser des visites sur place.
Pour éterniser cette journée, on a édité un film retraçant les activités du 11 janvier et on l’a distribué. Il a été vu à Rabat, Casa, Agadir et aussi à Paris, Marseille et Montpellier. On a envoyé une copie aux cousins, aux amis, aux connaissances même les plus lointains car on était si fier de ce jour là.

Cette visite à Isgouffa avait un effet de de motivation pour les habitants du village. Les liens se sont renforcés davantage et on a commencé à penser ensemble à des nouvelles activités génératrices de revenus qui améliorent plus les conditions de vie et l’épanouissement : nous souhaitons créer deux gîtes sur place et acheter quelques mulets pour organiser des randonnés dans l’Atlas. Un projet ambitieux mais que nous espérons réaliser.

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